Travaux du Saint-Sépulcre : les chefs des Eglises à l’heure des choix

Les quelques pèlerins présents au Saint-Sépulcre mardi 30 septembre en fin d’après-midi ont eu la surprise d’une descente presque incognito – eu égard au faste qui les accompagnent lors des fêtes religieuses – des chefs des Eglises majeures, gardiennes du tombeau de Jésus.

Chacun arriva de son côté à l’heure dite. Le patriarche grec-orthodoxe, Théophilos III, précédé des Kawas et suivi de conseillers et moines. Le Custode de Terre Sainte, frère Francesco Patton et Mgr Sevan Gharibian, le Grand Sacristain, représentant le Patriarche Arménien apostolique.
Sur place, aux abords du Tombeau, les avait devancés le frère Dobromir Jasztal coordinateur des travaux en cours dans la basilique de la Résurrection pour la Custodie de Terre Sainte et Ossama Hamdan, l’architecte de l’Office technique franciscain.

C’est ce dernier qui devait faire la présentation du jour, préparée par les équipes de La Veneria Reale en charge de la restauration du pavement de l’Anastasis. 
Au programme de cette réunion de terrain, le choix du type des pierres de remplacement pour celles des dalles manquantes ou trop endommagées qui ne pourront reprendre place.

Les religieux écoutèrent avec attention toutes les informations qui leur furent données. Il ne s’agit pas en effet de « choisir un nouveau sol de salle de bain », mais de restaurer l’édifice le plus important de la chrétienté. Une multitude de critères entrent en ligne de compte.

Comme dans tout travail de restauration, il faut rendre hommage aux éléments hérités du passé qui pourront perdurer. Toutes les pierres qui pourront être nettoyées et qui seront estimées assez solides seront replacées à l’exact endroit d’où elles ont été prélevées et dans la même position. Le choix portait donc sur les pierres de remplacement qui viendront combler les lacunes existantes ou les pierres trop endommagées.
Les travaux ayant commencé dans la partie Nord de l’édicule, c’est l’avancée des travaux sur cet endroit que se concentraient le plus les esprits.

Des critères nombreux

Dans le choix entrent en ligne de compte des questions esthétiques comme la couleur mais aussi la nature de la roche afin qu’elle soit la plus proche possible des pierres antiques. Pour autant, il faut que ces dalles soient suffisamment résistantes pour supporter la pression de la foule nombreuse qui se presse aux abords du tombeau. Comme aussi résister aux coups des kawas qui rythment de leurs bâtons la marche des processions solennelles. Il faut aussi que la nature de la roche résiste aux tâches de cire, d’huile ou de toute sorte de déchets qui jonchent le sol après le passage des touristes. Et que la pierre résiste aussi aux produits nettoyants qui seront utilisés dans le futur tandis que jusqu’à aujourd’hui les abords de l’édicule sont nettoyés au pétrole ! Il faut aussi tester la stabilité des coloris. On sait que les pierres varient de couleur – et parfois de densité – au contact de l’air une fois extraite des carrières et au fur et à mesure. Du reste, la couleur de l’édicule, restauré et nettoyé en 2016, n’est déjà plus la même qu’à la livraison des travaux en mars 2017. Le patriarche grec-orthodoxe ajoutait qu’il fallait veiller « à ne pas laisser de prise aux pèlerins dont on sait et voit qu’ils n’hésitent pas à utiliser des outils en vue d’extraire et emporter des reliques de la basilique ».

Pour éclairer leur choix, les chefs des Eglises avaient devant eux des échantillonnages de pierres réunissant le plus des critères identifiés. Les spécialistes de La Veneria Reale avaient aménagé trois surfaces de deux mètres carrés chacune, combinant des pierres d’origine prêtes au réemploi et les nouvelles dalles envisagées. Ossama Hamdan exposa les avantages et inconvénient de chaque type, après quoi il accueillit les questions nombreuses des participants, tous connaisseurs des usages dans la basilique et aussi de son architecture. Ils firent ainsi remarquer que le choix des pierres pourrait varier entre la rotonde autour de l’édicule où on espère une plus grande harmonie esthétique et le déambulatoire où le type de pierres est différent, plus sombre et plus dans les tons ocre-jaune.

Bien évidemment, la mise en conformité des sols pour accueillir ce nouveau pavement comme la mise en sécurité des couches stratigraphiques inférieures sont également prises en compte. De même la nature des joints pour sceller les pierres entre elles, qui seront injectés sous pression pour s’assurer qu’ils descendent le plus loin possible le long de l’épaisseur des pierres assurant ainsi une meilleure cohésion des dalles entre elles et une meilleure résistance aux pressions verticales comme horizontales. Du reste tandis que les pierres actuelles font de 4 à 8 centimètres d’épaisseur, les futurs devraient faire 12 centimètres.

Histoire et durabilité

Le soin accordé à la prise de décision traduit le désir des Eglises d’opérer une restauration patrimoniale de qualité et durable. En temps opportun, les chercheurs de La Sapienza et de La Veneria Reale seront capables d’apporter nombre d’informations sur l’histoire du pavement de la basilique, quelle pierre venait d’où et avait été posé à quelle époque. Mais ces éléments qui compléteront les données historiques sur l’histoire de l’édifice sont toujours en cours d’études.

Derrière les palissades des travaux, dans l’environnement des Arches de la Vierge, les échanges se tinrent dans une ambiance conviviale. Ils furent aussi parfois cocasses comme lorsqu’un religieux souleva la possibilité de mettre un embout de plastique aux bâtons des kawas puisque l’on voit la trace de leurs coups sur certaines pierres, ce qui horrifia presque certains qui tranchèrent qu’il valait mieux ne plus avoir de Kawas que d’en avoir aux bâtons silencieux. Dans un esprit de concorde, on s’accorda de demander aux Kawas de refreiner leurs ardeurs quand ils battent le pavé de la basilique.

Sur ce, les Eglises ont tranché pour un panachage en fonction des aires de la basilique. Mais pour les abords du Tombeau de Jésus, c’est l’esthétique des tons rosés qui a prévalu. A la fin des travaux, le sol restauré sera sans aucun doute plus beau et moins dangereux, mais il sera pour quelques mois un peu surprenant pour les habitués au sol actuel, lacunaire, sombre et de guingois.

 

Marie-Armelle Beaulieu pour Terre Sainte 

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