La Custodie

Nous sommes un groupe d’hommes chrétiens appelés par Dieu de tous les coins du monde en vue d’une mission spéciale: garder sa maison!

Nous faisons partie d’un Ordre religieux de l’Eglise catholique, l’Ordre des Frères mineurs, les Franciscains. 

Notre fondateur, saint François d’Assise, se rendit au Moyen-Orient au début du XIII° siècle poussé par l’amour du Christ pauvre et crucifié afin de « toucher » les Lieux qui, jusqu’à nos jours, constituent un témoignage irremplaçable de la Révélation de Dieu et de son amour pour l’homme. Au cours de ce pèlerinage, malgré les croisades, il rencontra et dialogua avec le sultan Melek al-Kamel, qui, en ce temps là, gouvernait la Terre Sainte. 

Ce fut une rencontre pacifique qui marqua le début de la présence des franciscains en Terre Sainte et influença également le style de notre présence au long des siècles jusqu’à ce jour.

La mission en Terre Sainte

Les frères ne sont pas seulement les «gardiens» des pierres et des lieux afin d’en préserver la valeur mais leur mission a également consisté à rendre ces pierres vivantes, à faire en sorte qu’elles parlent au cœur et à l’esprit de tous ceux qui entreprennent le pèlerinage en Terre Sainte pour arriver à voir les «simples pierres» comme des «pierres aimées» au travers de la foi. 

Saint François et les franciscains ont toujours eu à cœur l’amour de l’Incarnation de Jésus et c’est pourquoi dès le début, ils ont aimé la Terre Sainte. Il n’existe pas en effet d’Incarnation sans Lieu. Pour nous, aimer cette Terre signifie aimer Jésus. Et nous ne pouvons penser à Jésus sans aimer Sa Terre. C’est en raison de l’attachement spécial des franciscains à l’Evangile de Jésus et à son Incarnation que notre Eglise Catholique nous a confié la mission de conserver les Lieux de notre Salut.

Les Lieux Saints, même si l’on peut en admirer la beauté, ne sont pas de simples pierres. Ils sont plutôt les manifestations, les traces du passage de Dieu en ce monde, l’écho des paroles de Notre Seigneur qui nous a parlé par les prophètes et par les Apôtres, qui s’est fait «chair», homme comme nous, en habitant au milieu de nous. Il s’agit de pierres qui ont écouté la voix et bu le sang de Notre Sauveur. Désormais, cette Parole de Dieu et ce Sang versé, il faut les recueillir et les conserver afin qu’ils fassent partie de la vie de tout chrétien. 

Capter la voix qui jaillit de ces pierres et en comprendre le message a toujours constitué la mission des fils de Saint François en Terre Sainte. 

C’est ce qu’entendent les différents Papes lorsqu’ils affirment que la mission des frères a été de faire en sorte que les Lieux bibliques constituent des centres de spiritualité, que chaque sanctuaire conserve et transmette le message évangélique et qu’il alimente également la piété des fidèles. 

En conclusion: nous sommes une fraternité de l’Ordre des Frètes mineurs qui, vivant en Terre Sainte, conserve, étudie et rend accueillants les Lieux de l’origine de la foi chrétienne et, vivant en ces Lieux, annonce les merveilles de l’amour du Très-Haut et Tout-puissant et Bon Seigneur qui a voulu Ici se faire homme comme nous pour le salut de tous les hommes.

La Custodie et son histoire en Terre Sainte

Acteurs de premier plan dans les Lieux Saints, les frères Mineurs accomplissent leur mission sur cette terre accompagnés par leur fondateur, Saint François. Les premiers frères arrivèrent en Terre Sainte en 1217, conduits par Fr. Elie da Cortona. Depuis lors, ils ont toujours relevé les défis de l’époque afin de pouvoir transmettre la Grâce des Lieux Saints à toute l’humanité et de partager leur vie avec les « pierres vivantes », les Communautés chrétiennes locales.

storia 1

Traditionnellement, l’origine de la Custodie de Terre Sainte est fixée à l’année 1217, année où, à Sainte Marie des Anges, dans les environ d’Assise, se célébrait le premier Chapitre général des Frères mineurs. Saint François, par un geste inspiré, décida d’envoyer ses frères dans toutes les nations
Le monde fut, pour ainsi dire, divisé en « Provinces » franciscaines et les frères se dirigèrent, à partir d’Assise, aux quatre points cardinaux. En cette occasion solennelle, la Terre Sainte ne fut pas oubliée. Parmi les onze Provinces-Mères de l’Ordre, figure celle de Terre Sainte. Dans les documents, elle est indiquée sous différents noms : de Syrie, de Roumanie ou d’Outre-Mer. 

Elle comprenait Constantinople et son empire, la Grèce et ses îles, l’Asie mineure, Antioche, la Syrie, la Palestine, l’île de Chypre, l’Egypte et tout le reste du Levant.

La Province de Terre Sainte, tant par l’étendue de son territoire que par la présence des Lieux Saints, fut toujours considérée d’une manière spéciale. Elle a été vue, depuis le début, comme la « Province » la plus importante de l’Ordre. C’est peut-être pour cette raison qu’elle fut confiée aux soins de Frère Elie, figure prééminente au sein de la fraternité naissante tant pour son talent d’organisateur que pour sa vaste culture. Il serait intéressant de connaître les initiatives prises par Frère Elie pour organiser et consolider cette partie de l’Ordre, marquée par des problèmes environnementaux particuliers et par une étendue géographique très vaste.
Le zèle et les qualité de bon gouvernement qui le distinguèrent doivent l’avoir poussé, au cours des années de son mandat, à jeter les bases de l’apostolat franciscain dans toutes les régions situées dans le bassin sud oriental de la Méditerranée. En 1219, Saint François lui-même tint à visiter au moins une partie de la Province de Terre Sainte. Les documents qui parlent de la présence du « Poverello » d’Assise parmi les Croisés sous les murs de Damiette sont connus. Tout comme sa rencontre avec le sultan d’Egypte, Melek-el-Kamel, neveu de Saladin le Grand. Ces mêmes documents ajoutent que François, après avoir quitté Damiette, se rendit en Syrie. 

Dans tous les cas, la visite de Saint François aux Lieux Saints eut certainement lieu entre 1219 et 1220. A ce propos, Jacques de Vitry, Evêque de Saint-Jean d’Acre écrivit : « Nous vîmes arriver frère François, fondateur de l’Ordre des Frères mineurs. C’était un homme simple et sans lettres mais très aimable et cher à Dieu et aux hommes. Il arriva alors que l’armée des Croisées se trouvait sous les murs de Damiette et fut immédiatement respecté par tous ».
Au cours de son bref voyage, Saint François, par son comportement, indiqua aux futurs missionnaires franciscains comment demeurer dans ces régions et quel était le champ spécifique de leur activité. Dans l’esprit du Poverello, l’évangélisation doit se faire amicalement et avec une extrême humilité, sur le modèle de ce qu’il l’avait fait lui-même avec le Sultan. Les Lieux Saints doivent par ailleurs être animés et vénérés pour leur rapport avec les moments les plus importants de la vie du Christ.

Les historiens ont affirmé que, depuis le XII° siècle et surtout depuis l’échec des croisades, l’accès aux Lieux Saints fut assuré au travers d’une nouvelle stratégie et que l’apostolat missionnaire réalisé au travers de la présence désarmée des Franciscains, remplaça les expéditions militaires. 
Lorsque le Pape Grégoire IX, depuis Pérouse où il résidait, par la Bulle datée du 1er février 1230, recommandait aux Patriarches d’Antioche et de Jérusalem, aux Légats du Saint Siège, à l’ensemble des Archevêques et des Evêques, aux Abbés, aux Prieurs, aux Supérieurs, aux Doyens, aux Archidiacres et à tous les autres Prélats de l’Eglise auxquels serait parvenue la Bulle d’accueillir et de favoriser par tous les moyens l’Ordre des Frères mineurs, il dût avoir l’intuition que les Croisades avaient manqué leur but et qu’il aurait été préférable et surtout plus évangélique d’œuvrer afin de convaincre et de dialoguer avec les musulmans plutôt que de les combattre. De cette manière, la cause des Lieux Saints elle-même en aurait retiré un avantage. Dans tous les cas, si la Bulle de 1230 de Grégoire IX ne peut être considérée comme document officiel en ce qui concerne la reconnaissance juridique de la présence des fils de Saint François en Terre Sainte, elle constitue cependant le document qui prépare le terrain à celle-ci et leur donne les moyens de pénétrer dans le pays pour s’y installer.

Une autre date importante pour l’histoire de la Province de Terre Sainte est celle de 1263. Cette année-là sous le généralat de Saint Bonaventure, fut célébré à Pise le Chapitre général. A cette occasion, comme cela était naturel, on discuta également de la Province de Terre Sainte. Il fut décidé de la limiter à l’île de Chypre, à la Syrie, à la Libye et à la Palestine, en la divisant en Custodies dont celle de Terre Sainte qui comprenait les couvents de Saint-Jean d’Acre, d’Antioche, de Sidon, de Tripoli, de Jérusalem et de Jaffa.

La conquête de Saint-Jean d’Acre de la part des musulmans, le 18 mai 1291, marqua la fin du Royaume latin en Terre Sainte. Les chrétiens furent soumis à de dures épreuves. Les franciscains furent expulsés de Terre Sainte et contraints à se réfugier à Chypre où, en ce temps-là, se trouvait le siège du Provincial. A partir de l’île de Chypre, les Franciscains ne cessèrent jamais de s’intéresser à la Terre Sainte. Comme des exilés loin de leur patrie, leur désir constant fut de trouver le moyen de vivre près des Lieux Saints. A ce propos, rien ne fut laissé de côté pour mener à bien l’entreprise. Des visites privées de dévotion et des visites autorisées par le Saint Siège afin de rétablir la présence catholique dans les Lieux Saints sont mentionnées par des documents historiques de l’époque.

Un premier geste de bienveillance en faveur des franciscains fut accompli par le sultan Bibars II (1309-1310), lequel leur donna « l’église de Bethléem » de laquelle les frères, aux vues de la mort rapide du Sultan, ne purent jamais entrer en possession. En 1322, Jacques II d’Aragon, obtenait du Sultan d’Egypte Melek el Naser que la garde du Saint Sépulcre soit confiée aux Dominicains aragonais mais la concession demeura peut-être lettre morte. Quatre ans plus tard, en 1327, ce même Jacques II implorait de nouveau la grâce souveraine cette fois non plus pour les Dominicains, mais bien pour les Frères mineurs.

La Bulle du Pape Jean XXII, émanée le 9 août 1328, par laquelle était concédé au Ministre provincial résidant à Chypre la faculté d’envoyer chaque année deux frères visiter les Lieux Saints, doit être lue dans cette perspective. Là aussi, du reste, la pratique quotidienne avait précédé le plan organisationnel provenant d’en haut. En effet, au cours de la période allant de 1322 à 1327, un certain nombre de Franciscains officiaient au Saint SépulcreEn 1333, le Sultan d’Egypte concéda à Frère Roger Guérin d'Aquitaine le Saint Cénacle. Il se hâta de construire un couvent dans les environs immédiats avec les fonds mis à sa disposition par les Souverains de Naples, Robert d’Anjou et son épouse, Sanche, fille de Jacques I°, Roi de Majorque. Ces deux souverains sont justement considérés comme les « instruments de la Providence » en ce qui concerne la cause des Lieux Saints. Il jouèrent en effet un rôle extrêmement important dans leur récupération tant par leur influence diplomatique qu’au travers des aides financières accordées. Ce fut grâce à leur intercession que les autorités musulmanes locales reconnurent officiellement aux Franciscains le droit d’officier dans la Basilique du Saint Sépulcre.

La reconnaissance juridique de la part du Saint Siège, étendue également aux autres Sanctuaires, intervenue quelques années plus tard, le 21 novembre 1342 avec les Bulles Gratias Agimus et Nuper Carissimae, est considérée comme la conclusion définitive de la participation de la Famille Royale de Naples aux longues négociations pour la cause des Lieux Saints. Outre la reconnaissance officielle, la Bulle contenait des prescriptions visant à garantir la continuité de l’institution. Avec une intuition particulière, fut assurée le caractère international de la nouvelle organisation ecclésiastique et religieuse, en prescrivant que les frères puissent provenir de toutes les Provinces de l’Ordre. Pour la sauvegarde de la discipline, il était prescrit que tous les frères, à quelque Province qu’ils appartiennent, une fois entrés au service de la Terre Sainte, soient placés sous la responsabilité du Père Gardien du Mont Sion à Jérusalem, représentant le Ministre Provincial résidant à Chypre. 

En 1347, les Franciscains s’établirent définitivement également à Bethléem près la Basilique de la Nativité de Notre Seigneur.
Les premiers Statuts de Terre Sainte, qui remontent à 1377, ne prévoyaient pas plus de vingt religieux au service des Lieux Saints : Saint Cénacle, Saint Sépulcre et Bethléem
Leur activité principale consistait à assurer la vie liturgique dans les Sanctuaires mentionnés et à assister les pèlerins européens au plan religieux. Dans un document de 1390, il est spécifié que la Province de Terre Sainte ayant son siège à Chypre, avait également une Custodie de Syrie, comprenant quatre couvents : Mont Sion, Saint Sépulcre, Bethléem et Beyrouth. On notera que le document en question ne fait que confirmer une situation existant depuis longtemps déjà tant par le nombre de couvents indiqué que par la dénomination de l’organisme religieux connu sous le nom de Custodie de Syrie, peut-être pour ne pas faire de confusions avec la dénomination de la Province de Terre Sainte dont elle faisait partie.

Au cours de cette première période officielle de l’histoire, la Custodie reçut le « sceau du martyr » au travers du sacrifice de nombre de ses frères. Le premier sang franciscain arrosa la terre de Jérusalem en 1244, au cours de l’irruption des Kharismiens, lesquels passèrent au fil de l’épée de nombreux chrétiens et massacrèrent cruellement les Frères mineurs. D’autres, rappelés par Alexandre IV, subirent le martyr en 1257. Neuf ans plus tard, à Safet, en 1266, plus de 2.000 combattants chrétiens moururent après l’occupation de la ville de la part du Sultan Bibars. Avec eux, tombèrent également les héroïques frères qui ne voulurent pas renier leur foi. En 1268, Jaffa et Antioche eurent elles aussi leurs victimes franciscaines. De nouveau en Syrie, huit frères tombèrent sous l’épée sarrasine en 1269. On raconte que, sur le corps de l’un d’eux, Frère Corrado de Hallis, flottant sur les ondes de la mer, brillèrent pendant près de trois jours deux lumières resplendissantes. A Damas et à Tripoli, en 1277, le sang chrétien fut à nouveau versé par la main des armées su Sultan Kelaun. Acre, dernier bastion du Royaume Latin, fut prise par le Sultan Melek el Ascaraf, plus de 30.000 chrétiens et de nombreux frères tombant entre les mains des sarrasins à cette occasion.

storia 4

Destinée à recueillir le mandat et l’héritage des Croisés, la Province de Terre Sainte est désormais lancée à la conquête spécifique des Lieux Saints et désignée pour représenter les intérêts de l’Eglise Catholique au Proche-Orient. Son existence juridique est reconnue tant par les autorités ecclésiastiques que par les autorités civiles musulmanes. 
En 1347, les Franciscains s’installèrent à Bethléem en qualité d’officiants habituels de la Basilique et de la Grotte de la Nativité. En 1363, Jeanne, Reine de Naples et de Sicile, obtint un firman du Sultan d’Egypte. Sur la base de celui-ci, les Franciscains entrèrent en possession de l’Edicule et de la Tombe de la Très Sainte Vierge Marie dans la vallée de Josaphat. En 1375, les Franciscains du couvent de Bethléem purent disposer également de la « Grotte du Lait » située dans les environs de celle de la Nativité du Seigneur. En 1392, ils obtinrent le droit d’officier dans la Grotte du Gethsémani située dans la vallée de Josaphat, à quelques mètres de la Tombe de la Très Sainte Vierge Marie et, en 1485, ils adaptèrent au culte la grotte de la nativité de Saint Jean Baptiste à Ain Karim.

Avec la croissance des obligations, il y eut besoin d’une législation adaptée. En 1377 furent émis les premiers Statuts de Terre Sainte. Ils développèrent les premières prescriptions énoncées de manière sommaire dans la Bulle Gratias Agimus, prescrivant que le nombre des religieux qui prêtaient service en Terre Sainte ne pouvait pas dépasser les vingt. En ce qui concerne l’activité, les frères devaient s’occuper, outre le culte religieux dans les Sanctuaires, des pèlerins européens qui visitaient les Lieux Saints.

En 1414, se tint à Lausanne le Chapitre général des Frères mineurs. Les capitulants, comme à l’occasion des assemblées générales précédentes, traitèrent également des problèmes de la Terre Sainte et se rendirent compte qu’il était nécessaire de rendre cette Custodie plus autonome de la Province et d’augmenter le nombre de religieux à son service. Seize ans plus tard, en 1430, il fut établi que le Custode de Terre Sainte devait être élu par le Chapitre général, pratique maintenue pendant trois siècles. Par la suite, l’élection du Custode de Terre Sainte fut effectuée par le Ministre général et par son Conseil, une tradition suivie jusqu’à nos jours.

En 1517, la Custodie de Terre Sainte, tout en conservant son appellation, conquit une pleine autonomie au travers de la configuration en Province même si elle demeurait caractérisée par des prérogatives tout à fait spéciales. En parallèle avec la définition progressive de sa figure juridique, la Custodie reçut du Saint Siège des facultés et autorisations particulières dans différents secteurs, toujours en vue d’une présence plus dynamique des Franciscains en Terre Sainte. 
Les frères purent ainsi se prodiguer au mieux, en particulier en ce qui concerne l’assistance spirituelle des pèlerins mais plus encore dans l’activité œcuménique, qui eut son premier couronnement durant le Concile de Florence (1431-1443) au cours duquel fut atteinte la réconciliation entre les Chrétiens séparés d’Orient et l’Eglise Catholique. Cette réconciliation se révéla bien vite éphémère et pendant près de des siècles, les Franciscains de Terre Sainte représentèrent presque la seule possibilité « in loco » de relations directes et autorisées du monde catholique avec les Eglises séparées du Proche et Moyen-Orient. Les relations avec les Eglises orientales continuèrent également par la suite jusqu’à nos jours, s’adaptant à la diversité des temps et des situations, accompagnées par de nombreuses autres initiatives prises par le Saint Siège afin de reprendre les contacts et de raviver l’esprit œcuménique. Cet apostolat spécial, bien qu’il ait fait l’objet d’un certain nombre d’enquêtes, n’est malheureusement pas connu comme il mériterait de l’être.

Une autre activité restée plutôt dans l’ombre au niveau de l’historiographie des Franciscains en Terre Sainte est l’assistance spirituelle accordée aux commerçants européens résidents ou de passage dans les principales villes d’Egypte, de Syrie ou du Liban qui s’est développée surtout à partir du XV° siècle. D’une activité temporaire à l’occasion de l’Avent et du Carême, l’assistance spirituelle devint, à partir de la seconde moitié du XVI° siècle, plus ou moins continue jusqu’à revêtir au XVII° siècle un caractère stable avec la création de résidences fixes. Les Franciscains, entrés tout d’abord comme aumôniers de Consuls de colonies commerciales européennes, y demeurèrent comme apôtres au service de tous, « irradiant la lumière de l’Evangile » autour de leurs résidences qui, progressivement, devinrent de véritables paroisses avec des œuvres annexes de différente nature.

L’Evangélisation de la Terre Sainte, à certains moments historiques, a été promue également vis-à-vis des fidèles de religion musulmans tant sous la forme d’évangélisation personnelle que collective, engagement qui donna toujours des résultats éphémères et qui porta aussi à la mort un certain nombre de frères. Furent ainsi tués, en 1391, les quatre martyrs canonisés par Paul VI le 21 juin 1970 : Nicolò Tavelich (croate), Stefano de Cuneo (italien), Déodat de Rodez et Pierre de Narbonne (français). En parlant de ces martyrs, dans le discours prononcé lors de leur canonisation, le Pape affirma entre autres choses que : « nous nous trouvons face à un témoignage paradoxal, témoignage de choc, témoignage vain, parce que non immédiatement accueilli mais hautement précieux parce que validé par le don de soi ».

Dans tous les cas, la présence des Franciscains en Terre Sainte est surtout liée aux Sanctuaires et à leur garde, notamment parce qu’en dernière analyse, toutes les autres activités tirèrent leur origine de ce but et furent finalisés à ce service d’importance primaire et exclusive pour toute l’Eglise.
Depuis le début de cette période, que nous avons appelée d’organisation, les Franciscains se sont prodigués afin de réparer les sanctuaires de Terre Sainte qui, avec le temps, étaient tombés en ruines. En 1343, fut réparé l’édifice croisé du Saint Cénacle. En 1479, sous le Gardiennat du Père Giovanni Tomacelli de Naples, fut refaite l’ensemble de la charpente du plafond de la Basilique de la Nativité à Bethléem. Afin de porter à terme cette entreprise, furent mobilisés : la République de Venise, qui offrit le bois nécessaire, le Duc de Bourgogone, Philippe le Bon, qui soutint les dépenses des travaux et Edouard IV, Roi d’Angleterre, qui offrit le plomb utilisé pour la couverture. Les événements rappelés au cours de cette période ne sont pas nombreux. Il est cependant nécessaire de rappeler que les résultats positifs obtenus furent le fruit de négociations complexes et interminables, souvent lourdes au plan économiques, affrontées dans tous les cas par l’Ordre avec une ténacité inébranlable.

Chi siamo - Firmano

Elle fut, sans doute, la période la plus difficile de l’histoire pluriséculaire de la Custodie de Terre Sainte. Jamais comme à cette époque, on a mieux pu constater la vérité du dicton selon lequel, en Terre Sainte, « on n’est jamais en juillet mais toujours en mars », c’est-à-dire que l’on ne peut être sûrs de rien parce que tout peut changer d’un moment à l’autre comme cela arrive en mars. 

Ce fut une époque de persécutions : vexations, expulsions, exils, spoliations de droits difficilement acquis furent monnaie courante. Au cours des trois siècles précédents, la présence des Franciscains avait acquis un poids prééminent dans les sanctuaires. La Communauté franciscaine s’était installée et avait construit son propre couvent au Mont Sion, avec le droit d’officier au Saint Cénacle de manière exclusive et officiait, avec d’autres communautés chrétiennes, au Saint Sépulcre, dans les Basiliques de Sainte Marie dans la vallée de Josaphat, et de la Nativité à Bethléem. En ce qui concerne le Saint Sépulcre, au XV° siècle, les Franciscains étaient en possession exclusive et incontestable de l’édicule du Sépulcre, de la Chapelle du Calvaire et de la Crypte de la Découverte de la Croix.

En 1517, en Palestine la domination des Mamelucks fut remplacée par celle des sultans Turcs ayant leur résidence à Constantinople. Les communautés orthodoxes grecques, arguant du fait qu’elles étaient composées de sujets de l’Empire ottoman, purent affluer en Terre Sainte. 

La compétition pour la possession des Lieux Saints fit que ces communautés donnèrent le coup d’envoi à une campagne de dénigrement à l’encontre des Franciscains, les présentant comme des usurpateurs, des étrangers et des ennemis de l’Empire turc. 
En cette période, la Custodie de Terre Sainte dut subir d’injustes usurpations, la plus humiliante et la plus grave desquelles fut l’expulsion définitive du Saint Cénacle intervenue en 1552. Le coup fut dur : le couvent du Mont Sion avait été pendant deux siècles le centre de l’activité franciscaine en Terre Sainte.

Entre le XVI° et le XIX° siècle, l’histoire des Lieux Saints en ce qui concerne le droit de possession juridique, se caractérisa par une alternance de pertes et de récupérations partielles. 
Si tout ne fut pas perdu dans la Basilique du Saint Sépulcre et dans celle de Bethléem, cela est dû à l’action difficile et patiente des responsables de la Custodie. 
Ceux-ci impliquèrent les puissances catholiques afin qu’elles exercent leur action diplomatique auprès des sultans musulmans de Constantinople en vue de la défense des droits catholiques dans les Lieux Saints
Le Pape Urbain VIII lui-même, au travers d’une Bulle émanée en 1623 réaffirma qu’il était du devoir et du droit de tous les Princes catholiques de protéger les Franciscains de Terre Sainte. 

Alors que dans les Basiliques du Saint Sépulcre, de Bethléem et dans celle de la Tombe de la Très Sainte Vierge Marie dans la vallée de Josaphat étaient enregistrées des pertes de droits, les Franciscains en acquéraient de nouveaux en d’autres lieux. En 1620, ils prirent définitivement possession du lieu de l’Annonciation à Nazareth et se virent concédé le Mont Tabor. Les deux acquisitions furent possibles grâce à la bienveillance du prince druze Fakhr-el Din. 
En 1684, fut acquise la zone du Gethsémani et, en 1679, celle du sanctuaire de Saint Jean à Ain Karim
En 1754, ce fut au tour du sanctuaire de la Nutrition de Nazareth et en 1836 celui de la Flagellation sis à Jérusalem.

En parcourant l’histoire de la Custodie du XVI° au XIX° siècle, on notera les variations que sa figure juridique connut dans le domaine ecclésiastique. En pratique, les variations correspondirent à l’évolution de la figure juridique du Père Custode. 
Le Père Felice Fabri, dominicain qui se rendit en Terre Sainte par deux fois, en 1480 et en 1483, nous présente le Père Custode de Terre Sainte avec le titre et la qualification de « Provisor » pour l’Eglise latine en Orient, charge que, ainsi qu’il le déclare, le Pape lui conférait fréquemment. 
La première fois que le Custode de Terre Sainte est présenté comme « Responsale » de la Sacrée Congrégation de la Propagation de la Foi dans presque tout le Moyen-Orient remonte à 1628. Par la suite, il devint une « Institution » régulière. 
Nous le trouvons ainsi avec la charge de « Préfet des Missions d’Egypte, de Chypre ». Il ne faut pas passer sous silence son autre dénomination et qualification juridique de « Commissaire apostolique de la Terre Sainte et de l’Orient ». 
Toutes ces fonctions demeurèrent en charge au Père Custode jusqu’à la reconstitution du Patriarcat latin de Jérusalem en 1847.

Naturellement, le rapport entre la Custodie de Terre Sainte et l’Occident catholique eut également un caractère économique, attendu que l’organisation franciscaine ne prévoit pas de capitaux préconstitués et s’abstient de tout profit possible dans la zone d’activité. La Custodie a donc toujours eu besoin d’être financée de l’extérieur. 
Au long des siècles, les Papes rappellent dans de nombreux documents importants, à toute l’Eglise son devoir d’aider la Terre Sainte, prescrivant des collectes périodiques d’offrandes dans tous les diocèses. L’aide économique des gouvernements européens fut sans doute providentielle même si elle ne fut pas toujours adaptée aux besoins matériels et de prestige, aspect en revanche important dans le contexte oriental dans lequel la Custodie se trouve à agir.
Sur ce plan, une aide importante fut offerte à la Custodie par le Royaume de Naples, concrètement exprimée au travers de la création du Commissariat de Naples à partir de 1621, au travers duquel étaient réalisées des collectes de fonds, envoyés ensuite en Terre Sainte. Plus tard, en 1636, fut institué un autre Commissariat opérant lui aussi dans le Royaume des Deux Siciles, ayant son siège à Messine suivi par un autre encore, à Palerme.
A l’autre bout de l’Italie, Venise permit un contact continu entre la Terre Sainte et les pèlerins qui étaient transporté sur ses navires, leur assurant un voyage sûr. En 1593, il fut même établi que le Custode et les religieux élus avec lui pour gouverner les frères au service des Lieux Saints, devaient s’embarquer pour l’Orient exclusivement à partir de la cité lagunaire. En 1520, le Sénat vénitien décida de se faire l’avocat du Gardien du Mont Sion, rappelant au Pape que l’Ordre Franciscain était placé à la garde des Lieux Saints et demandant par suite de confirmer ce privilège. Venise fut également engagée dans la défense des Lieux Saints surtout grâce à ses relations diplomatiques avec Constantinople.
La politique de la France envers la Custodie de Terre Sainte s’exprima au travers des Capitulations reçues par la France d’abord en 1535 du Sultan de Constantinople Soliman II le Magnifique. Lorsque celle-ci fut en pleine expansion vers l’Europe et ailleurs, le Roi François I° signa avec lui un pacte d’aide contre Edouard VIII d’Angleterre, suscitant un grand scandale parmi les royaumes chrétiens d’Europe. 

Mais les Capitulations servirent toutefois de pont qui permit aux Etats musulmans d’entrer en relations de manière pacifique et amicale avec le monde chrétien. Pour la France, les Capitulations constituaient l’obligation morale d’intervenir et de protéger les Franciscains, par l’intermédiaire de ses ambassadeurs à Constantinople qui intervinrent au moment des graves difficultés survenues surtout au XVII° siècle. Par la suite, le Consul de France résida à Seyde d’où il se rendait à Jérusalem pour régler sur place les questions en suspens. En de telles occasions, lui étaient rendus les honneurs liturgiques. Cette situation dura jusqu’en 1793 mais pour voir disparaître définitivement les Capitulations, il fallut attendre 1917 avec l’occupation de Jérusalem de la part des Alliés même si juridiquement, les capitulations furent abolies seulement en 1923 avec le Traité de Lausanne.

Le Protectorat français sur tous les catholiques débuta avec le Roi Louis XIV qui voulait être le défenseur des chrétiens de l’Empire ottoman même s’il réussit seulement à obtenir ce droit de manière implicite et en termes très ambigus. Ce fut seulement sous le règne de Louis XV, avec les Capitulations de 1740, que le droit de Protectorat de la France fut reconnu officiellement, grâce au rôle qu’elle avait joué en faveur de l’Empire ottoman au traité de Belgrade. 
Le Saint Siège reconnut officiellement le Protectorat français sur tous les catholiques, de quelque nationalité qu’ils soient, y compris turque, de l’Empire ottoman et également sur ceux des rites orientaux. En 1870, la France s’alarma en voyant nommer comme Délégué pontifical le Vicaire patriarcal de Constantinople. Elle crut devoir de nouveau intervenir quand il fut question d’établir les relations diplomatiques entre le Saint Siège et la Turquie. Mais les protégés de la France qui n’étaient pas ses ressortissants supportaient de mauvais gré sa protection. Après le début du XX° siècle, toujours plus de religieux non français prirent l’habitude de faire recours à leurs consuls respectifs de sorte que la protection de ces derniers venait s’ajouter à celle de la France. 
Le Protectorat français se poursuivit jusqu’en 1923. Ce fut à San Remo que les représentants de la France durent y renoncer. Le point final fut mis par le Traité de paix de Lausanne signé entre la Turquie et les Puissances de l’Entente le 24 juillet 1923. De cette longue tradition marquée par la diplomatie demeurent seulement les honneurs liturgiques, encore accordés par le Vatican à la France dans certains pays ayant appartenu à l’Empire ottoman.

L’Espagne depuis le début s’engagea à aider les chrétiens et les frères en Terre Sainte au travers de grosses sommes d’argent envoyées en Orient. Depuis que les Royaumes d’Aragon et de Castille s’étaient réunis, les Rois catholiques prirent la peine d’aider la Terre Sainte et les frères gardiens des Sanctuaires, envoyant chaque année pour ce faire, 1.000 écus. En 1550, Charles Quint approuva les dépenses pour la restauration de la Basilique du Saint Sépulcre. En 1646, la Sacrée Congrégation émanait un décret interdisant aux Franciscains de Terre Sainte de récupérer les Sanctuaires en faisant usage d’argent. Pour cette raison, le Roi espagnol s’occupa directement de cette affaire en envoyant un frère espagnol à la Cour de Constantinople qui obtint, en 11 ans, le rétablissement des droits des franciscains sur les Sanctuaires qui avaient été usurpés par les Grecs. 
En 1714, fut reconstruite la Basilique du Saint Sépulcre et de nouveau les coûts des travaux furent pris en charge par le Roi espagnol. Fut en outre construite à Madrid ce qu’il est convenu d’appeler la Caisse de la « Pieuse Œuvre des Lieux Saints » qui administrait les aides destinées à la Terre Sainte.
Avec Charles III et la Bulle royale de 1772, furent défendus les droits espagnols de patronage sur les Lieux Saints en réponse à la Bulle « In Supremo » du Pape Benoît IV dans laquelle de tels droits n’étaient pas mentionnés. Cette Cédule royale fut une preuve formidable de remontrance envers tous ceux qui s’intéressaient aux problèmes de la Terre Sainte. Pour défendre ses droits, le Roi obligea le Pape Pie VI à publier en 1878 le Bref « Inter Multiplices » dans lequel il donnait raison aux revendications de Charles III. Le document en question devait être successivement révoqué par ce même Souverain Pontife du fait de la situation politique en Espagne. En 1846, par la Bulle « Romani Pontifices », le Saint Siège réunifia la caisse d’Espagne et celle des Nations en une Caisse unique de soutien à la Terre Sainte. En 1853, fut créé le Consulat espagnol à Jérusalem, chargé de protéger les religieux espagnols en Terre Sainte et d’administrer les sommes envoyées par le Procureur Général aux frères afin qu’elles ne finissent pas entre les mains du Patriarcat latin reconstitué en 1848. Sous la poussée d’Isabelle II d’Espagne, furent en outre fondés en 1853 le « Collège de Priego » suivi par ceux de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Chipiona afin d’envoyer des missionnaires en Terre Sainte.

Durant ce laps de temps également, comme au cours de la période précédente, les frères de la Custodie comptèrent de nombreuses victimes en haine de la foi. En 1530, les frères furent incarcérés à cause de la légende des trésors se trouvant au Saint Sépulcre : les infidèles cherchèrent à s’en emparer et, n’y réussissant pas, mirent les frères en prison pendant 27 mois. Une autre persécution éclata en Palestine entre 1537 et 1540 lorsque les musulmans se vengèrent de la défaite de 1537, emprisonnant les frères du Mont Sion et de Bethléem, les enfermant dans les prisons de Damas pendant 38 mois. En 1551, les frères furent expulsés du Mont Sion et s’installèrent d’abord dans la Tour du Four puis, en 1558, au Couvent de Saint Sauveur. En 1548, éclatèrent de nouvelles persécutions à Nazareth et les frères durent trouver refuge à Jérusalem. La situation se répéta dans le même lieu entre 1632 et 1638. D’autres frères moururent en Terre Sainte à cause de la haine des Grecs comme ce fut le cas pour deux frères sur l’île de Candia, qui furent jetés en mer en 1560. Puis, avec l’arrivée de Napoléon en Terre Sainte, éclatèrent d’autres persécutions, en 1799, à Jérusalem et à Ramleh cette fois. Le tout fut aggravé par la peste qui s’abattit sur le pays à diverses reprises entre le XVIII° et le XIX° siècle.

Chi siamo - chiavi

En 1847, le Pape Pie IX, par le Bref apostolique Nulla celebrior, rétablit le siège patriarcal latin à Jérusalem. Dans ce Bref, étaient rappelés les obstacles qui avaient empêché jusqu’alors au Patriarche latin de résider à Jérusalem et, vu le changement général de la situation, rétablissait l’exercice de la juridiction du Patriarche latin, lui faisant obligation de résider à Jérusalem. La Custodie de Terre Sainte continue à assurer sa mission providentielle en faveur des Lieux Saints et à multiplier son action au profit de la population présente dans la région dans laquelle elle œuvre. En ce qui concerne les Sanctuaires, on enregistre les acquisitions suivantes : en 1867, la Servante de Dieu Paolina Nicolay donne à la Custodie le sanctuaire d’Emmaüs : en 1875, fut acquis la VII° station de la Via Dolorosa ; en 1878, le sanctuaire de Naïm ; en 1879, se concluent les négociations concernant le sanctuaire de Cana ; en 1880, est acquis le sanctuaire de Bethphagé ; entre 1889 et 1950, la Custodie acquiert le droit de possession de la V° Station, du « Dominus Flevit », de Tabga, de Capharnaüm, du Champ des Pasteurs près Bethléem, du Désert de Saint Jean Baptiste, du Mont Nébo, du lieu du Baptême de Jésus sur les rives du Jourdain, d’un petit local dans les environs immédiats du Saint Cénacle et de Béthanie.
C’est surtout au cours de cette période que la Custodie de Terre Sainte réalise son œuvre de reconstruction partielle ou totale des sanctuaires. Il s’agissait souvent de modestes chapelles sans aucune prétention. Les moyens économiques et les résistances sociales ne permettaient pas de faire plus. Surtout, depuis le début du XX° siècle, les Franciscains cherchèrent à interpréter le sentiment commun des fidèles qui exigeaient justement que leurs sanctuaires retrouvent la dignité adaptée à favoriser la dévotion. Rappelons, parmi ces multiples activités de construction, les travaux suivants : en 1901, la Basilique d’Emmaüs, ; de 1919 à 1924, la Basilique de l’Agonie au Gethsémani ; de 1921 à 1924, la Basilique de la Transfiguration sur le Mont Tabor ; en 1952-1953, le nouveau Sanctuaire de Béthanie ; en 1953-1954, celui du Champ des Pasteurs près de Bethléem ; en 1955, le sanctuaire du « Dominus Flevit » sur le flanc du Mont des Oliviers ; de 1955 à 1969, la Basilique de l’Annonciation à Nazareth.
Au cours de cette période enfin, on assista encore à des épisodes sanglants envers des frères comme cela fut le cas en 1860 à Damas avec la persécution menée par les Druses contre les chrétiens du Liban et qui s’étendit ensuite à la Syrie et à Damas. La persécution éclata à cause du décret signé à Paris en 1856 par le Sultan Abdul-Megid, par lequel ce dernier reconnaissait l’égalité de tous les sujets sans distinction de race et de religion. La persécution fit environ 7.000 morts dont le Bienheureux Frère Emmanuel Ruiz et ses compagnons martyrs. Un autre cas de martyr intervint en Turquie en 1895, lorsque fut assassiné le Frère Salvatore Lilli, l’un des martyrs qui fut canonisé.
Le climat historique de la période en question peut être bien compris au travers de la lecture de la chronique d’un fait sanglant survenu à Jérusalem en 1901 lorsque, notamment à cause de l’instauration du statu quo, des situations de tension vinrent à se créer. A cette occasion, il s’agissait du droit de balayer la petite place voisine des escaliers qui mènent à la chapelle dite des Francs. Les moines grecs agressèrent un certain nombre de frères les blessant grièvement avec des pierres qui avaient été accumulées sur les terrasses entourant l’esplanade.
Enfin, en 1920, à cause de la persécution contre les arméniens, moururent par la main des turcs trois prêtres et deux frères.
On conclura cette synthèse historique relative à la Custodie de Terre Sainte par les mots de l’Exhortation apostolique Nobis in animo, que Paul VI émana en 1974 : « Non sans un dessein providentiel, l’histoire du XIII° siècle porta en Terre Sainte l’Ordre des Frères mineurs. Les fils de Saint François sont, depuis lors, demeurés dans la Terre de Jésus de manière ininterrompue au service de l’Eglise locale et pour garder, restaurer et protéger les Lieux Saints chrétiens. Leur fidélité au désir de leur fondateur et au mandat du Saint Siège a souvent été marquée par des actes d’extraordinaire vertu et générosité ».

Chi siamo - Gratias Agimus

Constitution juridique de la « Custodie de Terre Sainte »

Clément évêque, serviteur des serviteurs de Dieu Aux bien-aimés fils, le Ministre Général et le Ministre de la Terre de Labeur de l’Ordre des Frères Mineurs, Salut et Bénédiction Apostolique.

 

1. Nous rendons grâces au Dispensateur de tous les biens, en lui adressant de dignes louanges, pour avoir éveillé un zèle si fervent de dévotion et de foi en nos très chers fils dans le Christ, le roi Robert et Sanche reine de Sicile, qui se sont signalés en honorant notre Rédempteur et Seigneur Jésus-Christ et qui ne cessent de travailler avec un amour inlassable pour ce qui convient à la louange et gloire de Dieu, de même qu’à la vénération et à l’honneur du Saint-Sépulcre du Seigneur et des autres Lieux Saints d’Outre-mer.

2. Depuis peu est parvenue à notre Siège Apostolique l’agréable notification du roi et de la reine, comment à grands frais et à la suite de difficiles négociations ils ont obtenu du sultan de Babylone (c’est-à-dire du Caire), qui occupe, à la grande honte des chrétiens, le Sépulcre du Seigneur et les autres Lieux Saints d’Outre-mer sanctifiés par le sang du même Rédempteur, que les frères de votre Ordre puissent résider continuellement dans l’église du dit Sépulcre et y célébrer solennellement les Messes chantées et les Offices divins, comme les quelques frères de cet Ordre qui se trouvent déjà en ce lieu ; de plus, le même sultan a concédé au roi et à la reine le Cénacle du Seigneur, la chapelle où le Saint Esprit se manifesta aux Apôtres et l’autre chapelle en laquelle le Christ apparut aux Apôtres après sa résurrection en présence du bienheureux Thomas ; et comment la reine a construit un couvent sur le Mont Sion où se trouve, comme on le sait, le Cénacle et les dites chapelles ; ensuite, depuis un bon moment, elle a l’intention d’y maintenir à ses frais douze frères de votre Ordre pour assurer la divine Liturgie dans l’église du Saint-Sépulcre, ainsi que trois personnes séculières chargées de servir les frères et de pourvoir à leurs nécessités.

3. Dans ce but, la susmentionnée reine, en accomplissement de sa pieuse dévotion et de celle du roi, nous a supplié humblement d’intervenir avec notre autorité apostolique afin de pourvoir aux besoins de ces mêmes Lieux Saints par l’envoi de frères dévoués et de serviteurs qualifiés, jusqu’à atteindre le nombre susdit.

4. Nous donc, approuvant le pieux et louable projet dudit roi et de la reine et leur dévote intention digne de la bénédiction divine, et voulant encourager favorablement leurs vœux et désirs, par le moyen de la présente (Bulle), nous accordons à tous et à chacun de vous pleine et libre faculté d’appeler, maintenant et dans l’avenir, en votre présence, au nom de l’autorité apostolique et sur la demande des roi et reine susmentionnés ou de leurs successeurs, après avoir entendu l’avis des conseillers de votre Ordre, des frères capables et dévoués (pris) en tout l’Ordre jusqu’au nombre indiqué.

5. De plus, étant donnée l’importance de cette affaire, que l’on pense à envoyer ceux qui sont destinés au service de Dieu tant à l’église du Saint-Sépulcre qu’au Saint-Cénacle et dans les chapelles susnommées ; et cela après s’être informé près de leur Ministre Provincial de votre Ordre sur les aptitudes de ces frères désignés et destinés temporairement pour ces régions (d’Outre-mer) et, au cas où l’un d’eux vienne à manquer, que soit donnée également à chaque fois qu’il en sera besoin aux autres frères qui le remplaceront la faculté de résider en ces régions.

6. Nous vous accordons encore, en cas de refus des frères, l’autorité de les contraindre, après un rappel, en usant au besoin de censures ecclésiastiques. Rien ne saurait aller contre cette disposition, ni une quelconque prohibition apostolique ou des statuts contraires de l’Ordre, même appuyés par une solennelle attestation, confirmation apostolique ou n’importe quelle autre convention, ou bien encore si certains en général ou en particulier ont reçu du Siège Apostolique l’exemption d’être interdits, suspens ou excommuniés, si la lettre apostolique ne fait pas mention pleinement, expressément et littéralement de cet indult.

7. Nous voulons que, lorsque ces frères ainsi désignés se trouveront dans les régions d’Outre-mer, ils se tiennent sous l’obédience et le gouvernement du Gardien des frères de votre Ordre et Ministre Provincial de la Terre Sainte pour tout ce qui est de sa compétence.

Donné en Avignon le 21 novembre 1342, en la première année de notre Pontificat

Chi siamo - Status quo

« Status quo » — ou « Statu quo », comme il est d’usage de dire en Terre Sainte et dans de nombreuses publications – au sens large, se réfère à la situation dans laquelle se trouvent les Communautés chrétiennes de la Terre Sainte dans leurs relations avec les gouvernements de la région.

En particulier, le « Status quo » indique la situation dans laquelle se trouvent les Communautés chrétiennes dans les Sanctuaires de Terre Sainte. Ces situations concernent tant la propriété que les droits qu’elles ont soit seules soit avec d’autres rites au Saint Sépulcre, dans la Basilique de la Nativité à Bethléem et à la Tombe de la Très Sainte Vierge Marie à Jérusalem.

La vie des Sanctuaires est inséparable des régimes politiques de la Terre Sainte qui conduisirent progressivement à la situation actuellement encore en vigueur.

Au cours des XVII° et XVIII° siècles, les Grecs orthodoxes et les Catholiques furent en controverse continuelle à propos de certains Sanctuaires (Saint Sépulcre, Tombe de la Très Sainte Vierge Marie et Bethléem). Ce fut une période de « luttes fraternelles et d’interventions politiques ». Au travers de ces douloureuses vicissitudes, on arriva à la situation ratifiée par un firman du 8 février 1852 et indiqué par le terme de « Statu quo ».

Le « Statu quo » dans les Sanctuaires de Terre Sainte, et spécialement au Saint Sépulcre, détermine les sujets de la propriété des Lieux Saints et plus concrètement les espaces à l’intérieur du Sanctuaire ainsi que les horaires et la durée des fonctions, les déplacements, les parcours et la manière de les réaliser, tant en chant qu’en simple lecture.

Il faut rappeler que les communautés officiant au Saint Sépulcre, outre les Latins, sont les Grecs, les Arméniens, les Coptes et les Syriens et que, pour tout changement, il faut tenir compte de toutes les communautés. Les communautés du Saint Sépulcre se règlent selon le calendrier propre à chacun des rites.

En ce qui concerne la communauté catholique, les Franciscains suivent les fêtes selon le degré de solennité précédent la réforme de Vatican II parce que c’est ce qui détermine le droit acquis avec le « Statu quo » en ce qui concerne les Premières Vêpres solennelles, les Matines, la Messe et autres fonctions qui y sont liées (processions, encensements etc.).  

Pour mieux comprendre une telle situation, il est nécessaire d’ajouter quelques notations historiques. Immédiatement après son entrée à Constantinople, Mahomet II proclama le Patriarche grec de Constantinople autorité religieuse et civile pour l’ensemble des chrétiens résidant dans son empire.

Depuis lors, les communautés orthodoxes de Grèce, arguant du fait d’être composées de sujets de l’empire ottoman, purent affluer en Terre Sainte et exercer l’une des plus efficaces influence sur les sultans pour obtenir en leur faveur des avantages dans les sanctuaires. Le clergé grec réussit progressivement à remplacer le clergé autochtone. A partir de 1634, le Patriarche orthodoxe de Jérusalem sera toujours un grec. Au cours de cette période commencent également les revendications de la part du clergé grec sur les Lieux Saints. En 1666, le Patriarche orthodoxe Germain revendiqua les droits des orthodoxes sur la Basilique de Bethléem, comme l'avaient fait avant lui les Patriarches Sophronios IV (1579-1608) et Théphanios (1608-1644). De semblables revendications furent également avancées en ce qui concerne le Saint Sépulcre à Jérusalem.

Les tentatives en question furent bloquées surtout grâce à l’intervention de Venise et de la France auprès de la Sublime Porte (ainsi qu’était appelée l’instance suprême de l’Empire ottoman). En 1633, le Patriarche Théphanios réussit à obtenir un firman antidaté au temps d’Omar (638) qui conférait au Patriarcat grec orthodoxe les droits exclusifs sur la Grotte de la Nativité, le Calvaire et la Pierre de l’Onction.

Les Puissances occidentales réussirent à obtenir, sous la pression du Pape Urbain VII, le retrait du firman. Toutefois, il fut émané une deuxième fois en 1637. A cette époque, Venise, l’Autriche et la Pologne étaient en guerre contre l’Empire et ne purent donc avoir aucune influence en faveur des Franciscains. La situation se fit encore plus drastique en 1676 lorsque le Patriarche Dositeos (1669-1707) reçut un autre firman par lequel il obtint la possession exclusive du Saint Sépulcre. Suite aux protestations occidentales, la Sublime Porte nomma un tribunal spécial chargé d’examiner les différents documents.

En 1690, par un firman ad hoc, ce dernier déclara que les Franciscains sont les légitimes propriétaires de la Basilique. Depuis lors, les puissances occidentales furent toujours plus actives auprès du gouvernement ottoman afin de garantir les droits catholiques dans les Lieux Saints. Ce fut ainsi avec la paix de Carlowitz (1699), Passarowitz (1718), Belgrade (1739) et Sistow (1791). Toutefois, les résultats effectifs de ces interventions ne furent pas des plus importants.

En 1767, suite notamment aux affrontements violents et aux actes de vandalisme qui virent la participation de la population locale, des Grecs orthodoxes et des Franciscains, la Sublime Porte émana un firman qui remettait aux Grecs orthodoxes la Basilique de Bethléem, la tombe de la Très Sainte Vierge Marie et la presque totalité de la Basilique du Saint Sépulcre. Malgré les appels répétés du Pape Clément XIII aux puissances occidentales, le firman fut confirmé et fixa de manière désormais définitive, à part quelques détails, la situation des Lieux Saints jusqu’à nos jours. Au XIX° siècle, la question des Lieux Saints devint un contentieux politique, spécialement entre la France et la Russie.

La France obtint la protection exclusive des droits des Catholiques et la Russie celle des chrétiens orthodoxes. En 1808, un grand incendie dans la Basilique du Saint Sépulcre détruisit presque entièrement l’édicule croisée du Saint Sépulcre. Les grecs obtinrent la permission de reconstruire une nouvelle édicule qui est celle actuellement existante. En 1829, les droits actuels dans la Basilique étaient reconnus de manière définitive aux Arméniens orthodoxes.

En 1847, les grecs enlevèrent l’étoile d’argent située sur le lieu de la naissance du Seigneur dans la Grotte de Bethléem. Sur l’étoile se trouvait en effet une inscription en latin qui attestait ainsi de la propriété latine du lieu. En 1852, l’Ambassadeur français près la Sublime Porte, au nom des puissances catholiques, demanda le rétablissement des droits des Franciscains précédents à 1767 et en particulier le replacement de l’étoile.

L’Empereur ottoman, sous la pression du Tsar Nicolas, refusa et émana un firman par lequel il décrétait que le Status Quo (c’est-à-dire la situation de 1767) devait être maintenu.

Depuis lors, malgré les tentatives répétées et les guerres qui se sont succédées, la situation demeura inchangée même si l’étoile fut remise à sa place. Pas même la chute de l’Empire ottoman et la création du mandat britannique ne conduisirent à la modification du Status Quo.

Une telle situation est aujourd’hui considérée comme un fait acquis.

 

  • Les relations et les rapports entre les différentes communautés chrétiennes sont encore réglés par le Status Quo, mais ils sont cordiaux et amicaux.
  • Le dialogue œcuménique a définitivement affaibli les conflits historiques. Il n’existe plus, au moins pour la partie catholique, d’accusation d’« usurpation » des Lieux Saints.
  • Au contraire, on considère que la présence chrétienne multiforme en de tels lieux est une richesse à préserver et un droit acquis et inaliénable.
  • Les rencontres périodiques et les négociations entre les différentes communautés se concentrent aujourd’hui sur les restaurations des Basiliques et sur la possibilité d’une meilleure distribution des différentes liturgies.
  • Les décisions sont prises d’un commun accord entre les différentes communautés religieuses, sans aucune intervention extérieure qu’elle soit de nature politique ou civile.

La croix de Terre Sainte

La croix de Terre Sainte, une croix grecque de couleur rouge sur fonds blanc entourée de quatre croix plus petites et connue également sous le nom de « Croix de Jérusalem » est le symbole de la Custodie de Terre Sainte.

Origine et Histoire:
A propos des origines de ce fameux symbole, il n’existe pas d’informations certaines. Le signe, que nombre de personnes ont associé au Royaume fondé par les croisés en 1099, figure en réalité sur des monnaies, des sceaux et des drapeaux qui n’ont rien à voir avec le monde des Croisades. Il est en revanche exact que la Croix de Jérusalem acquiert, avec les Croisades, à côté de la signification spirituelle, une signification politique et d’identité territoriale.

Il est plus probable que la Croix de Jérusalem constitue l’évolution d’une croix grecque avec des petits points à la place des petites croix, Croix grecque utilisée par les toutes premières communautés chrétiennes du Moyen-Orient à l’époque romaine, soit mille ans avant les Croisades. De fait, bien des signes retrouvés en différentes localités de Terre Sainte renvoient à la Croix de Jérusalem y compris un certain nombre de mosaïques au sein desquelles elle apparaît dans une forme parfaitement identique à celle qu’elle a actuellement. C’est là le lien qui est à la base de l’adoption du symbole en question de la part des franciscains de Terre Sainte.

Signification
La signification qui a poussé la Custodie franciscaine à adopter cette Croix consiste à rappeler la Passion du Christ et Sa Seigneurie universelle. Pour beaucoup, en effet, le nombre des croix (quatre petites et une grande) symbolise les cinq plaies de Jésus sur la Croix. 
Alors que la Croix, depuis toujours symbole du cosmos, renvoie, au travers du nombre quatre au quatre points cardinaux et à l’infini, elle a pour signification la présence cosmique de la puissance divine.

Les papes en Terre Sainte et leur rencontre avec la Custodie

12

Paul VI fut le premier successeur de saint Pierre à accomplir un pèlerinage en Terre Sainte. Il  le réalisa en janvier 1964, alors que l’Église célébrait le Concile Vatican II. Il arriva à Amman, en Jordanie, où il rencontra le roi Hussein. De là, il se rendit en voiture à Jérusalem après avoir pu se recueillir sur les rives du Jourdain ainsi qu’au couvent franciscain de Béthanie. Son pèlerinage fut chargé d’une importance historique et symbolique toute particulière pour l’Église. Paul VI visita les lieux où Jésus vécut et passa, en portant comme lui, le même message de paix et d’amour.

 

La Custode de Terre Sainte de l’époque, le Très Révérend P. Lino Cappiello, accompagna le Souverain Pontife dans son voyage en Jordanie.

Après un accueil retentissant en vieille ville par la foule et les pèlerins qui rompirent les cordons et dépassèrent les barrières de sécurité à son arrivée, le Saint Père parvint finalement jusqu’au Saint-Sépulcre, accueilli là aussi par les franciscains. Il se recueillit dans le tombeau vide du Christ, où il déposa un rameau d’olivier en or rapporté de Rome ; il y célébra la messe, le mémorial de la Passion et pria pour l’unité.

 

Le Souverain Pontife fut de nouveau accueilli par les franciscains au sanctuaire de l’Annonciation à Nazareth, alors encore en construction. Paul VI a justement pu le bénir à cette occasion. Le Custode y reçut du Saint Père une couronne de pierres précieuses pour le tableau de l’Annonciation.

Le pèlerinage sur les Lieux Saints a aussi inclus des lieux importants comme le Lac de Tibériade, Capharnaüm et la Basilique de la Transfiguration, sanctuaires gardés par les franciscains et qui lui furent présentés par les frères.

Enfin, la dernière étape du voyage fut la visite à Bethléem, marquée par l’importance du discours de Paul VI donné à la Grotte de la Nativité. Un message de paix et de bien adressé au monde.

 

 

Le télégramme du Saint Père au Très Révérend Père Custode de Terre Sainte

 

Parmi les inoubliables souvenirs émus, les images édifiantes qui viennent à notre esprit de l’itinéraire de notre pèlerinage sur les Lieux sanctifiés par les mystères de la rédemption chrétienne, nous aimons repenser avec reconnaissance aux rencontres avec les franciscains bien-aimés de Terre Sainte dans leur couvent accueillant, dans les sanctuaires qu’ils ont le privilège de garder et dans le Lieux où ils favorisent un culte éternel au nom de l’Église Catholique.

 

Nous sommes heureux de saisir cette occasion propice pour élever une pensée respectueuse d’admiration reconnaissante à tous les dignes fils de St François qui, au cours des sept derniers siècles, effectuèrent dans un grand dévouement un service précieusement fécond d’apostolat fidèle sur la terre choisie de Jésus, dans un rayonnement admirable de foi vivante, de charité ardente, et de zèle attentif.

 

Nous renouvelons envers vous l’expression de notre gratitude, envers tous les confrères de la Custodie, nous invoquons du Rédempteur Divin une large effusion de dons célestes, et encourageons votre œuvre zélée par notre Bénédiction Apostolique. 

 

 

PAUL PP. VI

 

11

Le pèlerinage de Jean-Paul II en Terre Sainte dura sept jours : du 20 au 26 mars 2000.

Accueilli par le roi de Jordanie, Abdallah II, et par toute la famille royale, le souverain Pontife commença son pèlerinage jubilaire à Amman, comme l’avait fait son prédécesseur, Paul VI. Son voyage aussi fut marqué par le désir de porter un fort message de paix et de fraternité : « Quelles que soient sa difficulté et sa durée, le processus de paix doit se poursuivre » (du discours tenu à Amman).

 

Le Custode Giovanni Battistelli et le Père Giacomo Bini, Ministre Général des Frères Mineurs, ainsi que d’autres représentants des Eglises catholique et grecque-orthodoxe, étaient eux aussi présents à cette historique rencontre.

Dans son discours sur le Mont Nébo, Jean-Paul II salua les fidèles en rappelant les grandes figures de Moïse et de Jésus-Christ, à qui il dédia chaque pas de son pèlerinage. Sa salutation, en ce premier jour, s’adressa aussi aux fils de saint François et à leur service séculaire de garder les lieux saints.

Jean-Paul II arriva en Terre Sainte en un moment historique très différent de celui des années 60. Ses conditions physiques elles-mêmes marquent une différence avec son prédécesseur, mais en apparence seulement. L’esprit et le message sont les mêmes : paix, fraternité et justice pour tous les hommes.

 

Les gens, accourus de tous les coins de rue pour le voir, lui réservèrent un accueil chaleureux. Tout comme celui du le Roi de Jordanie, le chef d’état d’Israël, Ezer Weizman, et du président de la Palestine, Yaser Arafat.

À Bethléem, Jean-Paul II a encouragé le peuple palestinien en rappelant que la paix n’est possible que lorsque le respect des droits humains existe ; il a ensuite exhorté la minorité chrétienne à ne pas émigrer. Soutenu par le Custode d’un côté et par le Ministère Général de l’autre, il a descendu les marches qui conduisent à la grotte de la Nativité. Il s’y est recueilli quelques minutes.

 

Son intervention au cours de la rencontre interreligieuse à l’auditorium de Notre Dame de Jérusalem a été importante et très appréciée. Il identifia justement dans le dialogue entre les différentes religions, le chemin pour la paix dans le monde et particulièrement en Terre Sainte.

La visite à la Basilique de Nazareth était évidemment incontournable, puisque le pèlerinage entier était organisé autour de la fête de l’Annonciation. Le P. Custode Giovanni Battistelli et le Ministre de l’ordre des Frères, P. Giacomo Bini, attendaient Jean-Paul II à l’entrée.

 

Parmi les gestes inattendus qui ont marqué l’histoire, il y a eu sa visite au mur Occidental et sa prière laissée dans l’une des fissures des interstices.

La dernière visite du Souverain Pontife fut celle rendue au Saint-Sépulcre du 26 mars, dernier jour de son pèlerinage jubilaire. Après avoir célébré la messe le matin puis déjeuné au siège du Patriarcat latin, il a demandé à la surprise générale, de pouvoir revenir en privé au Saint-Sépulcre pour monter au Calvaire, l’ayant seulement regardé distraitement dans la matinée, alors qu’il sortait de la Basilique.

 

 

Tiré des articles de Franco Valente ofm et Giampiero Sandionigi, revues de Terra Santa 2000 et 2009.

Papi in Terra Santa - Benedetto XVI

 

« Ce fut avant tout un pèlerinage, et même un pèlerinage par excellence aux racines de la foi ; et, en même temps, une visite pastorale à l'Eglise qui vit en Terre Sainte : une communauté d'une importance particulière, car elle représente une présence vivante là où elle a eu son origine. »

 

Tels sont les mots de Benoît XVI au retour de sa visite en Terre Sainte. Ces mots sont aussi l’essence de la présence franciscaine et de sa mission de garder vivante cette communauté.

 

Benoît XVI à la Grotte de l'Annonciation à Nazareth

La visite de Benoît XVI en Terre Sainte est chargée d’une importance historique et spirituelle. Les étapes du pèlerinage de « Pierre » ne changent pas, la signification profonde de ses discours non plus. Ses mots pour la Terre Sainte sont des mots de soutien et d’encouragement pour qui cherche la paix, pour qui cherche l’unité et pour qui cherche la force de ne pas l’abandonner.

 

« L'Église en Terre Sainte, qui a si souvent fait l’expérience de l’obscur mystère du Golgotha, ne doit jamais cesser d’être l’intrépide héraut du lumineux message d’espérance que le tombeau vide proclame. L’Évangile nous enseigne que Dieu peut faire toutes choses nouvelles, que l’histoire ne se répète pas, que les mémoires peuvent être guéries, que les fruits amers de la récrimination et de l’hostilité peuvent être dépassés, et qu’un avenir de justice, de paix, de prospérité et de coopération peut se lever pour tout homme et pour toute femme, pour la famille humaine tout entière, et d’une manière particulière pour le peuple qui demeure sur cette terre si chère au cœur du Sauveur. »

 

C’est ainsi que Benoît XVI encourage les fidèles qui l’écoutent devant le Tombeau vide, celui-là même « qui changea l’histoire de l’humanité »

 

 

La Paix sous le signe de Saint François

Plus d’une fois le Souverain Pontife a remercié les frères de la Custodie pour le travail effectué en Terre Sainte. Il a reconnu le rôle des frères comme une composante nécessaire à construire la paix, en rappelant à tous que Saint François lui-même a été un « grand apôtre de la paix et de la réconciliation ».

 

Giuseppe Caffulli, Pierre de nouveau au Sépulcre vide, Revue “Terrasanta”, Numéro 3, mai-juin 2009, Année IV, pp. 70-72 et Introduction, p. 3.

 

«24-26 mai 2014

« Dans cette Basilique que chaque chrétien regarde avec profonde vénération, arrive à son point culminant le pèlerinage que j’accomplis avec mon frère bien-aimé en Christ, Sa Sainteté Bartholomée. C’est une grâce extraordinaire d’être réunis ici en prière. Le Tombeau vide est le lieu d’où part l’annonce de la Résurrection : “Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : ‘Il est ressuscité d’entre les morts’” (Mt 28, 5-7). Cette annonce, confirmée par le témoignage de ceux à qui le Seigneur Ressuscité est apparu, est le cœur du message chrétien, transmis fidèlement de génération en génération. C’est le fondement de la foi qui nous unit, foi grâce à laquelle, ensemble, nous professons Jésus Christ, Fils unique du Père et notre unique Seigneur ».
Tels sont les mots du Pape durant la rencontre au Saint-Sépulcre.

Le pape François avait annoncé sa visite en Terre Sainte durant l’l’Angélus du 5 janvier 2014: « Dans le climat de joie, propre au temps de Noël, je désire annoncer que du 24 au 26 mai prochain, s’il plaît à Dieu, j’accomplirai un pèlerinage en Terre Sainte. L'objectif principal est de commémorer la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras I, qui a eu lieu exactement le 5 janvier, comme aujourd’hui, il y a 50 ans. Il y aura trois étapes : Amman, Bethléem et Jérusalem. Trois jours. Au Saint-Sépulcre, avec le patriarche Bartholomée de Constantinople, nous célébrerons une rencontre œcuménique avec tous les représentants des Églises chrétiennes de Jérusalem. »

Aujourd’hui encore les enfants sont un signe

Papa Francesco 1

Bethléem, 25 mai 2014

« L’Enfant Jésus, né à Bethléem, est le signe donné par Dieu à qui attendait le salut.Aujourd’hui également les enfants sont un signe. Segno di speranza, segno di vita, ma anche segno diagnostico per capire lo stato di salute di una famiglia, di una società, del mondo intero. Dio lo ripete oggi anche a noi, uomini e donne del XXI secolo: «Questo per voi il segno», cercate il bambino…
Proprio ai bambini palestinesi papa Francesco ha concesso tempo ed ascolto, prima di lasciare Betlemme e la Palestina. Nel campo profughi di Dheisheh, il Papa ha incontrato cento bambini, insegnando loro con poche parole semplici, come disinnescare l’odio e la violenza e ricominciare sempre nella vita: «Non pensate mai che il passato determini la vita. Guardate sempre avanti, lavorate per ottenere quel che volete. La violenza non si vince con la violenza. La violenza si vince con la pace, il lavoro, la dignità. Chiedo a Dio che vi benedica e vi chiedo di pregare per me».

Célébration Œcuménique au Saint-Sépulcre

Jérusalem, 25 mai 2014

Comme il y a 50 ans, lorsque Paul VI et Athénagoras se sont salués par un baiser de paix sur le Mont des Oliviers, de même le pape François et le patriarche Bartholomée se sont rencontrés dans le lieu plus significatif pour tout chrétien : le Saint-Sépulcre. 
« C’est avec révérence, émotion et respect – a affirmé le Patriarche de Constantinople – que nous nous tenons devant “l’endroit où le Seigneur fut allongé”, le tombeau vivifiant duquel la vie a jailli. Et nous glorifions le Dieu très miséricordieux qui nous a rendus, nous ses serviteurs indignes, dignes de sa bénédiction suprême, d’être des pèlerins à l’endroit même où le mystère du salut du monde est advenu.
Ce saint tombeau nous invite à rejeter une autre forme de peur qui est sans doute la plus répandue à notre époque moderne : à savoir la peur de l’autre, la peur de la différence, la peur du croyant d’une autre religion ou d’une autre confession. Face à de telles conditions, le message du tombeau vivifiant est urgent et clair : aimer l’autre et sa différence, aimer les croyants d’autres religions et d’autres confessions ».

« Et pourtant – a déclaré le Pape – à cinquante ans de l’accolade de ces deux vénérables Pères, nous reconnaissons avec gratitude et un étonnement renouvelé comment il a été possible, par l’impulsion de l’Esprit Saint, d’accomplir des pas vraiment importants vers l’unité. Nous devons croire que, comme la pierre du sépulcre a été renversée, de la même façon, pourront être levés tous les obstacles qui empêchent encore la pleine communion entre nous. Ce sera une grâce de la résurrection, que nous pouvons dès aujourd’hui savourer à l’avance. Chaque fois que nous demandons pardon les uns aux autres, pour les péchés commis contre d’autres chrétiens et chaque fois que nous avons le courage de concéder et de recevoir ce pardon, nous faisons l’expérience de la résurrection ! »
L’accolade d’amour de Jérusalem, sous le signe du Pape Montini et d’Athénagoras, est maintenant destinée à toucher les cœurs des croyants du monde entier.

Visite surprise au couvent de Saint Sauveur

Papa Francesco 3

Jérusalem, 25 mai 2014

Le pape François, changeant son programme officiel, a déjeuné avec tous les franciscains à Saint Sauveur. Aucun Pape ne l’avait jamais fait auparavant, malgré le fait que Saint Sauveur soit la maison centrale de tous les franciscains de la Terre Sainte et que les papes aient célébré dans les Sanctuaires gardés par les Fils de François. Un moment d’immense bonheur. Les applaudissements des 95 frères présents au réfectoire, dont de nombreux jeunes, ont été entendus dans tout Jérusalem. Le repas a été simple. Nous avons pu expérimenter la simplicité, la « minorité » comme le répète souvent le pape François. Sur les photos on peut voir l’amour du Pape pour tous ainsi que sa simplicité et sa joie. Que voulez-vous que je vous dise ? Pour moi ce fut comme la visite de mon plus grand ami. Et avec lui est arrivé le bonheur. La joie du Pape disait tout. Et je me suis senti un peu plus franciscain. 

Résumé du texte de Frère Artemio Vítores, ofm

Le Pape à Gethsémani : qui suis-je devant mon Seigneur qui souffre ?

Jérusalem, 26 mai 2014

« En cette heure, Jésus a senti la nécessité de prier et d’avoir auprès de lui ses disciples, ses amis, qui l’avaient suivi et avaient partagé de plus près sa mission. Mais ici, à Gethsémani, le suivre se fait difficile et incertain ; le doute, la fatigue et la terreur prennent le dessus. Dans la rapidité du déroulement de la passion de Jésus, les disciples auront diverses attitudes à l’égard du Maître : des attitudes de proximité, d’éloignement, d’incertitude. Cela nous fera du bien à nous tous, évêques, prêtres, personnes consacrées, séminaristes, de nous demander en ce lieu : qui suis-je devant mon Seigneur qui souffre ?Suis-je de ceux qui, invités par Jésus à veiller avec lui, s’endorment, et au lieu de prier, cherchent à s’évader en fermant les yeux devant la réalité ? Ou bien est-ce que je me reconnais en ceux qui se sont enfuis par peur, abandonnant le Maître à l’heure la plus tragique de sa vie terrestre ? Peut-être y a-t-il en moi la duplicité, la fausseté de celui qui l’a vendu pour trente pièces, qui avait été appelé ami, et qui pourtant a trahi Jésus ? Est-ce que je me reconnais dans ceux qui ont été faibles et qui l’ont renié, comme Pierre ? »

Avant de quitter Gethsémani, le Pape a planté un olivier dans le jardin de Gethsémani, comme l’avait déjà fait Paul VI. Un olivier qui racontera aux siècles à venir l’espérance de paix et le témoignage de foi que le pape François a voulu semer par sa présence en cette terre.

Le Pape au Cénacle : ici l’Église est née, et elle est née en sortie 

Jérusalem, 26 mai 2014

« C’est un grand don que le Seigneur nous fait, de nous réunir ici, au Cénacle, pour célébrer l’Eucharistie. Ici, en ce lieu où Jésus consomma la dernière Cène avec ses Apôtres ; où, ressuscité, il apparut au milieu d’eux ; où l’Esprit Saint descendit avec puissance sur Marie et sur les disciples. Ici est née l’Église, et elle est née en sortie. D’ici elle est partie, avec le Pain rompu entre les mains, les plaies de Jésus dans les yeux, et l’Esprit d’amour dans le cœur.
Le Cénacle nous rappelle le partage, la fraternité, l’harmonie, la paix entre nous. Que d’amour, que de bien a jailli du Cénacle ! Que de charité est sortie d’ici, comme un fleuve de sa source, qui au début est un ruisseau, puis s’élargit et devient grand… Tous les saints ont puisé ici ; le grand fleuve de la sainteté de l’Église prend toujours son origine ici, toujours de nouveau, du Cœur du Christ, de l’Eucharistie, de son Esprit Saint.
Le Cénacle enfin nous rappelle la naissance de la nouvelle famille, l’Église, notre sainte mère l’Eglise hiérarchique, constituée par Jésus ressuscité. C’est l’horizon du Cénacle : l’horizon du Ressuscité et de l’Église. D’ici part l’Église en sortie, animée par le souffle vital de l’Esprit ».